
Mépris de classe– Élitisme– Exclusion
Comme chaque année, novembre s’ouvre sur la réponse tant attendue : « vais-je être augmenté ? » et se referme avec le Summit.
Deux moments, deux salles, deux ambiances.
Chez les commerciaux, c’est l’effervescence : performances, bonus… et un verdict attendu : qui pourra aller au Summit ?
Prenons deux exemples très concrets.
Louis, commercial à Toulouse, spécialisé dans les produits « bankables ».
Matthieu, commercial à Roubaix, dédié aux petits clients, « moins bankables ».
L’un brillera sous les projecteurs.
L’autre restera derrière son écran 24 pouces.
L’un reviendra chargé de goodies.
L’autre… se débattra dans son quotidien, un sourire en façade, pour faire comme si « tout allait bien ».
Bienvenue dans l’histoire de Louis Le Brillant, et Matthieu, qui se sent effacé.
Acte I – Louis
Louis avait été choisi.
Trié.
Sélectionné.
Le meilleur commercial de l’année.
Il avait surperformé, c’était mérité.
Au Summit, il avait vu :
- des clients qui l’appelaient par son prénom,
- des plaquettes distribuées comme des confettis,
- des pitchs et des sourires en série,
- des nuits très courtes.
Trois jours plus tard, il rentra lessivé mais heureux.
Les lumières du stand brillaient encore autour de lui.
Il avait une fatigue noble, celle qu’on raconte en disant :
« J’ai représenté l’entreprise. J’ai plus de voix, plus de pieds, mais « Avec plaisir ». »
Dans son tote bag : des badges, des mugs, des stylos, des carnets et, nouveauté de cette année, une paire de baskets blanches floquées au logo de l’entreprise.

Dans ses yeux : des étoiles.
Dans sa tête : des applaudissements.
Acte II – Matthieu
À 287 km plus au nord, Matthieu ne vivait pas la même réalité.
Ce jour-là, il neigeait sur Roubaix.
Vent glacé, verglas, clim en mode Sibérie.
Les collègues couvraient leurs épaules d’un plaid pour survivre à la matinée.
L’open space était à moitié vide, froid et silencieux.
Matthieu, lui, n’avait pas été invité.
Il avait « raté son année ». On le lui avait dit.
Deux changements de managers et un mi-temps thérapeutique : son entretien annuel ressemblait plus à un procès-verbal qu’à une vraie discussion :
- objectifs non atteints ;
- motivation en berne ;
- liste de « points d’amélioration » longue comme une facture d’électricité ;
- pas de formation ;
Et comme punition ultime : pas de Summit.
On lui avait dit qu’il pourrait « regarder la keynote à distance » comme tous les autres.
À distance, comme un enfant qui rêve devant les vitrines des magasins de jouets avant Noël, sans pouvoir y entrer.
Il regarda la keynote sur son 24 pouces,
Webex signalait une « Mauvaise connexion »,
le VPN limitait la vidéo,
un café froid, plus amer que d’habitude, dans la main.
Personne ne lui parlait du Summit.
Pourquoi lui en parler ?
Il n’y était pas. Il n’existait pas ce jour là.
Pour lui, aucun cadeau.
Juste l’impression de « sentir le sapin »…
Acte III – Et si l’histoire pouvait changer ?
On pourrait, pourtant :
- inviter tout le monde une fois de temps en temps,
- mettre en place un tirage au sort ou un quota inter-métiers,
- valoriser les métiers techniques et le support,
- arrêter d’utiliser le Summit comme une carotte pour adultes fatigués,
- se rappeler que l’entreprise fonctionne grâce à tous ses métiers,
- cesser les petites phrases toutes faites « CINO, c’est un peu les prestas de la boîte » , « les gens des bureaux », « tu es en TT sur ton canapé devant la TV »…
Ce n’est ni drôle ni créatif : c’est juste triste.
Au fond, Louis et Matthieu veulent la même chose :
un travail reconnu,
un Summit qui rassemble au lieu de trier.
Et peut-être qu’un jour,
Matthieu, Isabelle de la compta, Julien de la prod et David de la logistique pourront raconter leur Summit.
Et Louis pourra dire :
«J’y étais et, avec vous, c’était ultra INS-PI-RANT ».
Ensemble, ils se compléteraient : les clients seraient conquis, chaque question aurait une vraie réponse.
Ce jour-là, l’histoire serait peut-être enfin un peu plus juste.
Il faut se souvenir que derrière chaque succès commercial, il y a un collectif : infra, tech, support, qualité, finance, légal, …
Et, tant qu’ à parler de collectif, un immense MERCI en majuscules, aux équipes de la Com’ et du Market.
À toutes celles et ceux qui ont enchaîné des dizaines et des dizaines d’entretiens clients pour améliorer nos produits, créer du lien, donner une âme pour faire briller la boîte…
Qui en courant derrière le dernier train, ont dû renoncer à la fête, pas de champagne, pas de temps.
« Voie 14, votre train va partir. Attention à la fermeture automatique des portes. Éloignez-vous de la bordure du quai ».
C’est dans la différence que naît la beauté.
#OneTeam
Avertissement : toute ressemblance avec des personnes ou des événements existants (ou ayant existé) serait purement fortuite.
SOURCES:
https://www.lemonde.fr/emploi/article/2017/10/23/de-l-elitisme-a-l-epuisement_5204785_1698637.html
https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/180621/decortiquer-le-mepris-de-classe
https://www.inegalites.fr/Une-vague-de-mepris-social
https://acompetenceegale.com/les-avantages-de-inclusion-au-travail/
