
Capitalisme –Manipulation
Il y a des mots qui glissent.
Qui passent.
Et puis il y a ceux qui restent coincés.
Dans l’estomac.
Ils frappent.
Ils font mal.
Toutes les deux semaines, nous recevons la newsletter d’OVH.
« La newsletter des collaboratrices et collaborateurs. »
Collaborateur.
Ce mot.
Pas salarié·e.
Pas travailleur ou travailleuse.
Collaborateur.
Certain·es ne comprendront pas la bataille des mots.
Ils diront que ce n’est que de la politique.
Mais les mots ont un sens.
Celui-ci a été choisi.
Il n’est pas écrit par hasard.
Il résonne.
Ce n’est pas une bataille d’un autre temps.
L’Histoire est importante.
Rappelons-nous : la France a perdu la guerre.
Pétain a choisi de collaborer.
Moi, je me souviens du regard de ma grand-mère.
Elle qui a souffert.
Elle qui a appris le poids des mots.
J’aurais aimé parler de Georges Krasucki, aussi.
Mais je ne m’en sens pas légitime.
Mon nom ne fait pas partie de l’Histoire.
Il n’a même pas sa page Wikipédia.
Et pourtant,
j’en suis fièr·e.
J’ai eu une chance énorme.
On m’a transmis :
la force de tenir,
le courage,
la certitude qu’on peut résister à tout,
des valeurs.
Sans compromission.
Au collège,
on m’a appris que la guerre de 39-45 servait à lutter contre la folie d’un homme, contre le nazisme.
Plus tard, dans mes cours de philo, on m’a raconté autre chose.
On m’a expliqué que les guerres sont toujours des histoires de possessions, de territoires, de ressources… et d’argent.
Alors ajoutons-y un grand méchant.
Pour qu’on accepte d’envoyer nos enfants au front.
Pour de l’argent, nos enfants ne prendraient pas les armes.
Personne ne tolérerait ça.
Et c’est là qu’on peut se demander : « Les guerres ne sont-elles pas le pur produit du capitalisme ? »
Pas besoin de jouer avec vos peurs.
Les médias s’en chargent déjà.
À leurs manettes : le grand capital.
Aujourd’hui, OVH parle de collaborateur.
Pourquoi ne jamais dire salarié·e ?
Le mot salarié dit quelque chose de concret.
Il rappelle le salaire.
Le lien de subordination.
Le contrat de travail.
Il rappelle une vérité essentielle : dans l’entreprise, tout le monde n’est pas du même côté.
Ouvrier·es. Employé·es. Technicien·nes. Cadres.
Tant de vocabulaire pour nous découper en catégories.
Pour nous ranger dans des petites cases.
Pour nous diviser.
Nous vivons de notre salaire, nous faisons tou·tes partie du même camp.
Qu’importe notre échelon.
C’est ça, « la classe ouvrière* ».
Quand les profits augmentent, nos fiches de paie restent inchangées.
Au mieux, une participation dérisoire.
Parce que nos dirigeants savent jouer avec les chiffres.
Mais quand les résultats déçoivent, le grand capital décide :
On nous demande des efforts.
D’accepter le gel des salaires.
De renoncer à des jours de repos.
D’être « agiles ».
D’être « résilients ».
Et si cela ne suffit pas : fermeture, délocalisation, réduction des coûts.
Tant de mots pour nous culpabiliser toujours un peu plus.
Ne vous laissez pas avoir.
Ne tombez pas dans le discours marketing de la novlangue*.
Refuser le mot collaborateur,
C’est être lucide.
Nous sommes des salarié·es.
Il est temps de le clamer.
Haut et fort.
C’est nous qui créons la richesse.
Leur fortune.
Soyons fièr·es.
Redressons nos têtes.
« Le capitaliste n’achète pas le travailleur, il achète sa force de travail. » – Karl Marx
Définitions :
Classe ouvrière :
Karl Marx (1818-1883) a défini les classes sociales, dont la classe ouvrière qui se distingue en ce qu’elle ne possède ni le capital ni les moyens de production (contrairement à la bourgeoisie et au capital).
Le prolétaire ne peut donc que vendre sa seule force de travail.
Novlangue : Langage stéréotypé dans lequel la réalité est édulcorée.
Sources :
Le Capital
Manifeste du Parti Communiste
https://www.humanite.fr/societe/julien-laupretre/solidarite-le-sens-dune-vie-le-film-sur-la-vie-de-julien-laupretre
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