No Country for Old Men

3 août 2026

InaptitudeReconversionGEPP

Quarante-six ans.
Vingt ans sur le terrain.
Loïc n’était pas le salarié modèle.
Il arrivait en râlant.
Il trouvait certaines procédures absurdes.
Les KPI l’ennuyaient.

Lui, ce qu’il aimait, c’était quand une machine refusait de démarrer.

Une vraie panne.
Un vrai problème.

Une carte-mère rutilante dans les mains.
Le dernier CPU tout juste sorti.

Alors, quand on lui demandait de se déplacer parce qu’il manquait de bras à Gravelines ou à Strasbourg, il soupirait.
« Ils pourraient quand même anticiper un peu… »
Puis dix minutes plus tard, il demandait à son manager.
« Bon… c’est pour quoi faire ? »
« OK »

Parce qu’au fond, Loïc répondait toujours présent.
Avec le temps, son métier lui avait pris quelques morceaux.
Ses ménisques pour fêter ses 40 puis ses 44 ans.
Deux opérations et des heures de rééducation.

Réapprendre les gestes simples du quotidien.
Des injections pour calmer la douleur.
Et revenir au travail, en serrant toujours un peu plus les dents.

Un jour, il confie ses difficultés à son manager, à son HRBP.
Un rendez-vous est organisé avec la médecine du travail.
Dès le lendemain.

Le verdict tombe : Inaptitude au poste.

La GEPP* entre en scène, c’est la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels.
Sur le papier, c’est exactement ce qu’il faut dans ce genre de situation.

Un accompagnement spécifique pour les métiers à enjeu de transition professionnelle anticipée.
Un budget : 21 000 euros.

Loïc trouva une formation.
Il avance.
Il joue le jeu.
Il travaille dur.

Il revient avec une nouvelle certification.
Fier.
Confiant.

Mais il manque l’essentiel : un poste.

Alors arrive cette phrase que beaucoup de salariés connaissent :

« Vous comprenez bien, on a fait ce qu’on a pu »

L’excuse la plus pratique de l’histoire sociale : Licenciement pour inaptitude*.

Mais cette fois, la blessure n’apparaît nulle part.

Il avait espéré qu’en se formant, en prouvant qu’il pouvait faire autre chose, on lui ferait une nouvelle place.

La réalité est plus cruelle.
À 46 ans, revenir sur le marché du travail comme un débutant, sans l’avantage de la jeunesse
Pour un nouveau départ ? Plutôt un parcours du combattant.

Cette cicatrice-là va lui faire mal bien plus longtemps.

On pense qu’ une autre fin aurait pu exister.
On aurait aimé que Loïc puisse intégrer un véritable parcours de formation interne.
Pas une formation sur le papier.
Une vraie passerelle.
Un accompagnement humain qui lui aurait permis de découvrir une nouvelle équipe,
un nouveau métier,
de prendre ses marques avant qu’il ne soit trop tard.
Un jour par semaine.

Pendant six mois ou plus.

Le temps d’observer.
Le temps d’apprendre.
Le temps de transmettre aussi.

Parce que Loïc, ce n’était pas seulement un salarié à reconvertir.
C’était vingt ans d’expérience, de terrain, de connaissance de l’entreprise.

Il aurait pu goûter à la vie de sa future équipe.
Voir si la mayonnaise prenait.

Parce que des besoins, il y en a.
Des équipes en sous-effectif chronique, il y en a.

On nous a répondu que ce genre d’idée était utopique.
Et on nous a présenté un cabinet qui coûte beaucoup trop cher.

Le tutorat, ça existe.
La transmission, ça existe.

La vraie question, c’est de savoir si on décide de le rendre possible.

Cette histoire est l’une des raisons pour lesquelles nous avons voté NON au projet d’accord proposé par la direction.

Avertissement : toute ressemblance avec des personnes ou des événements existants (ou ayant existé) serait purement fortuite.

GLOSSAIRE :

GEPP :
Outil RH destiné à préparer les salariés aux métiers de demain, parfois en les aidant surtout à quitter ceux d’hier.

Licenciement pour inaptitude :
Étape finale d’un parcours où l’on demande parfois au salarié de se former, de s’adapter, de se trouver un poste sur « careers »… avant de lui expliquer que cela n’a pas suffi.


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