
GEPP
Avant de clôturer notre série sur l’accord GEPP,
il nous reste un point essentiel à partager avec vous : les risques à faire entrer cet accord en vigueur.
Que se passe-t-il si notre métier n’a plus sa place dans l’entreprise ?
Pour bien comprendre, prenons le cas concret d’un salarié.
Appelons-le Julien.
Julien travaille chez OVH.
Il connaît son métier.
Il connaît tout le monde et tout le monde le connaît.
Il sait ce qu’il a à faire.
Livrer les clients.
Trouver des solutions.
Se débrouiller quand ça bloque.
Faire le job. Et le faire, parfois, coûte que coûte.
Les années passent.
Les réorganisations aussi.
Mais son boulot, lui, n’a pas fondamentalement changé.
Il y a toujours des commandes clients.
Une backlog à livrer.
Des solutions à trouver.
C’est même le business model de la boîte.
Alors les hackathons et compagnie ?
Il y a des activités qui ne s’arrêtent jamais.
Et puis, un jour, lors d’une AG CSE en mai 2026, une phrase tombe :
« Dans trois ans, il y aura ceux qui auront fait un pas vers l’IA… et les autres. »
PV de l’AG CSE – mai 2026, pages 43 à 46
Depuis, cette phrase nous reste en tête.
Parce que la question est simple :
Et les autres ?
Deux ou trois hackathons par an, c’est intéressant.
Ça peut permettre de découvrir de nouveaux outils.
Donner à certains l’envie de prendre un nouveau chemin.
Mais Julien, lui, est toujours là.
Avec ses clients.
Sa backlog.
Ses serveurs à livrer.
Alors que fait-on de ceux qui n’ont pu faire le fameux « pas vers l’IA » ?
On les forme ? On leur donne réellement le temps de changer ?
Ou bien, un jour, on leur explique qu’ils ne correspondent plus aux besoins de l’entreprise ?
Et si, finalement, le problème, ce n’était pas que l’IA ?
Imaginons maintenant que Julien soit arrivé chez OVH à une époque où on ne parlait pas de « Verticale Défense* ».
Peut-être qu’il travaillait au support.
Et qu’au téléphone, il avait des clients dont l’activité était… disons… exotique.
Quand il devait vérifier qu’un site était bien en ligne, il lui arrivait d’en demander l’URL.
Les clients ne la prononçaient pas toujours.
Quand ils étaient trop gênés, ils l’épelaient.
Lettre par lettre.
Quand il raccrochait, il rédigeait son « save my call* » et il racontait ça à Rachid, Simon ou Pauline.
Et tout le monde rigolait dans l’open-space.
Si un manager passait derrière les écrans à ce moment-là, tout le monde pouffait encore un peu plus.
C’était ça aussi OVH.
Des serveurs. Des clients. Des équipes soudées.
Mais aujourd’hui, la boîte s’attaque à des marchés plus « lucratifs » : la défense.
Que fait-on de nous quand on a des convictions antimilitaristes? Écologistes?
Et demain ?
On ne parlera peut-être plus de défense, ni même d’IA.
Parce que l’entreprise continuera de vouloir conquérir de nouveaux marchés.
On nous propose de changer de métier ?
Ou on nous explique qu’on doit… aller voir ailleurs ?
Et c’est là que la GEPP prévoit une solution : la reconversion externe.
Julien est identifié comme occupant un emploi sensible*.
On lui propose une reconversion. Mais pas chez OVH.
Il peut partir six mois dans une autre entreprise, dans le cadre d’un CDD de reconversion.
Son contrat OVH est suspendu pour aller travailler ailleurs.
Les six mois passent.
Julien peut rester chez son nouvel employeur s’il en a l’opportunité.
Ou revenir chez OVH…si son ancien poste existe encore et si l’organisation le permet…
Sinon,
« En l’absence d’accord, on revient aux modes de rupture du contrat. »
Ça coince,
Parce qu’une bonne GEPP doit permettre d’anticiper les transformations de l’entreprise, pas construire une porte de sortie comme solution par défaut.
Et on peut aussi se poser une question toute simple : le congé sabbatique.
Le congé sabbatique permet déjà, dans certaines conditions, de suspendre son contrat et de travailler ailleurs pendant cette période.
Alors pourquoi inscrire spécifiquement dans la GEPP un dispositif qui nous accompagne vers l’extérieur ?
C’est curieux.
Et quand on n’a plus vingt ans?
« Les dispositions précédemment envisagées au titre des mesures d’accompagnement des collaborateurs en fin de carrière sont en conséquence retirées du présent accord. »
La fin de carrière, ça commence quand ? Parce qu’à quarante ans, il reste plus de vingt ans à travailler.
On est tous un peu Julien.
On rappelle que le CDI n’est pas arrivé tout seul.
Il y a quelques années encore, beaucoup d’entre nous ont enchaîné les CDD.
Un parcours du combattant pour enfin pouvoir se dire : « Ça y est. »
Avec le CDI s’ouvrait le champ des possibles.
Alors forcément, une question mérite d’être posée :
Pourquoi accepterions-nous qu’une GEPP organise aussi précisément les conditions qui pourraient nous amener à partir ?
À nos yeux, accepter cet accord, c’est remettre en question ce que nous pensions avoir gagné avec un CDI.
Cette histoire et les personnages sont fictifs. Les mécanismes du projet d’accord GEPP d’OVH rendent cette histoire tout à fait possible.
Dès que le calendrier le permettra, nous vous transmettrons le projet d’accord dans son intégralité afin que chacun puisse en prendre connaissance et se faire son propre avis.
Épisodes précédents consacrés à notre analyse de la GEPP :
Les moyens : https://cgt.ovh/juste-une-illusion
Les valeurs affichées par OVH : https://cgt.ovh/oceans-eleven/
Responsabilité & employabilité : https://cgt.ovh/the-full-monty/
Inaptitude & reconversion : https://cgt.ovh/no-country-for-old-men/
Glossaire :
GEPP :
Outil RH destiné à préparer les salariés aux métiers de demain, parfois en les aidant surtout à quitter l’entreprise.
Verticale Défense :
Nouvelle activité d’OVH permettant de partir à la conquête du marché militaire.
Save my call :
Le compte-rendu d’un appel client, pour transmettre aux collègues le pourquoi du comment, les actions effectuées et celles qui restent à faire. Parce qu’un appel, ça ne se termine pas juste quand on raccroche.
Emplois sensibles :
Les métiers dont l’avenir est considéré comme particulièrement exposé aux transformations ou à une diminution d’activité.
