
RPS– Rust-out
15 ans de boîte.
Soirée Kudos, des vieilles photos à retrouver.
Je me souviens de mes débuts.
Quand j’arrivais le matin, je ne savais jamais vraiment ce qui m’attendait.
Chaque journée était différente.
Il y avait des problèmes à résoudre, des projets à construire, des collègues avec qui réfléchir.
On apprenait.
On avançait.
On avait le sentiment d’être utile.
C’ était stimulant.
Quelque chose a dû se perdre en chemin…
Parce qu’aujourd’hui, tous les matins, c’est pareil.
5 jours sur 7.
On se lève, on part au taff.
Et chaque vendredi soir, le sentiment du devoir accompli s’est envolé.
Pourquoi?
Les Comex member ?
Recruté.e.s pour dérouler la stratégie de la boîte.
Bien payé.e.s.
LTIPé.e.s*.
Voitures qui brillent.
Certain.e.s font semblant d’être sympa.
Te claquent la bise,
portent même une casquette.
La réalité est différente.
Incapables de remettre en cause les décisions.
Pour ne pas prendre le risque de froisser.
C’est la course au premier qui dit « OUI » .
Comme un joggeur.
Baskets toutes neuves plaquées carbone.
Obligé de doubler tout le monde.
Une histoire d’égo.
Comment?
Un code magique, tout simple.
Un mail « ABC »
Prio absolue.
Qu’importe si, demain, c’est tout le contraire
Aucune vergogne.
Pas de mémoire.
Pas de cohérence.
Leurs équipes ?
Fatiguées.
Confuses.
Écrasées par le sens qui disparaît.
On propose une idée.
On lève la main.
On nous répond que ce n’est pas dans le process,
Que ce n’est pas le moment.
Une formule magique : « Oles a dit que… »
Des excuses qui nous enferment.
On remonte les difficultés.
Réponse : mauvaise gestion des priorités.
Les décisions ? Elles sont déjà prises.
On nous dit qu’on veut de la passion.
Dans les faits, on attend surtout de la docilité.
Éviter les électrons libres.
Trop difficiles à manager.
Alors, on observe :
– Arrêts maladie
– Rust-out*
– Talents qui disparaissent
– Idées qui meurent
« L’homme est rendu étranger au produit de son travail. » – K.Marx
Moi ?
J’ai signé un contrat de travail.
Pas un rôle dans un mauvais remake de « 50 nuances de Grey ».
On avait dit que l’entreprise devait grandir et pas grossir.
C’est quand qu’on grandit, chef ?
Du sens, c’est tout ce qu’on demande.
Notre ADN.
Si tu te reconnais là-dedans,
Tu es loin d’être seul.
Parler, c’est résister.
Le vrai risque ce n’est pas de déplaire.
C’est de ne plus arriver à se lever le matin.
contact@cgt.ovh
Avertissement : toute ressemblance avec des personnes ou des événements existants (ou ayant existé) serait purement fortuite.
Facteurs de risque du rust-out
Sous-charge chronique
C’est quand ton poste existe… mais que ton travail, lui, a disparu en chemin. Tu viens, tu t’installes, tu ouvres ton ordi, et tu attends qu’un miracle (ou un mail) se produise. Spoiler : non.
Tâches absurdes
C’est l’art subtil de remplir des tableaux Excel dont personne ne lira jamais la ligne 42. L’objectif n’est pas de produire, mais d’occuper. Une performance invisible, donc parfaite.
Manque de reconnaissance
C’est quand tu fais peu (voire rien), mais que personne ne semble s’en inquiéter. Pas de reproches, pas de félicitations : le néant managérial.
Absence de sens
C’est travailler sur des projets dont même le PowerPoint de présentation ne comprend pas l’intérêt. Tu participes, tu contribues… mais intérieurement, tu t’évapores.
Isolement professionnel
C’est être entouré de collègues… sans jamais vraiment interagir. Les réunions deviennent ton seul contact humain, et encore, caméra coupée, micro coupé, âme coupée.
Surqualification ignorée
C’est avoir des compétences, des idées, des envies… et les voir soigneusement ignorées. Tu pourrais faire mieux, mais on préfère que tu ne fasses rien de risqué (comme réfléchir).
Management fantôme
C’est un manager qui existe officiellement, mais qu’on croise surtout dans l’organigramme. Ni consignes, ni feedback : une liberté totale… de ne rien faire.
Management autoritaire
C’est quand tout est contrôlé, validé, verrouillé… sauf ton intérêt pour le travail. Chaque initiative doit remonter, chaque idée est filtrée, et la moindre autonomie est perçue comme une menace à l’ordre établi.
Résultat : à force de te dire quoi faire (et surtout comment le faire), on finit par te retirer toute envie de faire quoi que ce soit. Une efficacité redoutable… pour éteindre toute motivation.
Routine anesthésiante
C’est quand chaque journée ressemble à la précédente, et que même ton agenda a abandonné toute ambition. Tu ne travailles plus : tu reproduis.
Peur de déranger
C’est ce moment où tu pourrais demander plus de travail… mais tu te dis que ça risquerait de créer une attente. Alors tu restes discret. Très discret.
Digital presenteeism
C’est être “ en ligne ” toute la journée pour prouver que tu existes.
Lexique :
rust-out: C’est l’art de s’user au travail. Contrairement au burn-out qui te consume, le rust-out t’éteint lentement, à force d’ennui, de vide et d’inutilité ressentie.
Tu es présent, disponible, connecté, mais intérieurement en veille prolongée. Les journées sont longues, les tâches rares ou absurdes, et le sens du travail s’efface doucement.
En résumé : tu ne croules pas sous la charge, tu t’érodes dans le néant. Une fatigue étrange, faite non pas d’excès… mais de manque.
LTIP (Long Term Incentive Plan): plan de distribution de primes pour les salarié·es défini·es comme clefs par l’entreprise, mais sans parcours clairement établi. Leurs objectifs sont des objectifs collectifs, reflétant le résultat de notre travail. On peut dire qu’il s’agit d’un dispositif financier permettant aux membres du Comex, au CEO et à 120 “key people” de percevoir une somme très conséquente à l’issue de trois ans de bons et loyaux services. Les sommes versées vont de 2M pour le CEO, 500k par membre du comex, et un package de 50, 100 ou 250k pour les talents. Pour mémoire, en réaction à la découverte de cette “carotte dorée“, nous avions négocié le programme Kudos.
SOURCES :
https://www.souffrance-et-travail.com/video/films-documentaires/la-mise-a-mort-du-travail/
(A regarder en intégralité sur Arte.tv)

Extraits “Youtube”:
La mise à mort du travail – La dépossession
La mise à mort du travail – L’ alienation
La mise à mort du travail – La destruction
