Le crime était presque parfait

19 octobre 2026

Bourse – Fonds d’investissement

Le 20 octobre 2026, c’est le jour de la présentation des résultats de l’entreprise.
Il y a cinq ans, en 2021, certain.es ont fait le choix de croire en l’aventure, en investissant leurs économies.
Aujourd’hui, on peut enfin se demander si on récupère notre mise ou si on joue le tout pour le tout, quitte à continuer à rêver.
Peut-être même qu’on recevra un mail de remerciement pour avoir contribué à l’aventure.
Ça serait, à notre sens, la moindre des choses.
Car quand les salarié.es ont confié leurs sous à OVH, ce n’était pas pour jouer.
C’était une marque de confiance.
Et quand on se sent soutenu, on est plus fort.
L’intérêt a été double, financier et humain.
Pour l’instant, nous ne savons pas comment ça va se passer.
Une communication de la direction ?
Un mail d’Amundi perdu quelque part ?
Il faudra surveiller.

Les actionnaires, eux, font déjà leur simulation : à partir de combien j’achète, et pour combien je revends ?
En cherchant un peu, on peut retrouver parmi eux différents fonds comme Rothschild

Mais un fonds d’investissement, c’est quoi ?
Beaucoup nous ont posé la question.

Imaginons une ville : Roubaix, Maubeuge, Saint-Étienne…

Dans cette ville, une grosse boîte emploie des centaines de personnes.
Autour de cette entreprise, des familles, des artisans, des commerçants.
De la vie.

Les travailleurs sortent parfois au cinéma, au restaurant, font leurs courses.
Ils paient un loyer et font vivre les associations.

Une entreprise ne s’arrête pas à quelques bâtiments et quelques machines.
C’est aussi tout l’écosystème qu’elle fait vivre autour d’elle.

Imaginons maintenant qu’un fonds commence à prendre des parts dans cette entreprise.
Il devient actionnaire.
Puis un actionnaire qui compte, en profitant des fluctuations boursières.
Pour eux, une variation du cours peut devenir une opportunité.
Nous, on la subit.
Petit à petit, il vote. Il pèse. Il donne son avis.

Et c’est comme ça que son discours,
« améliorer la rentabilité, optimiser les coûts »
devient un mantra.

En d’autres termes, il faut faire rentrer de l’argent, et vite.

Imaginons que dans notre entreprise, un datacentre se fasse vieux.
Il faudrait investir une grosse somme d’argent pour lui donner un petit coup de neuf.
Ça rendrait le site plus performant, les salarié.es y travailleraient en sécurité.
Tout le monde garderait son emploi.
Une vraie stratégie industrielle.
Le retour sur investissement viendra avec le temps.

Mais le fonds, lui, veut du rendement rapidement.
Son intérêt est financier.

« Pourquoi investir des millions aujourd’hui s’il me suffit de réduire les coûts ? »

Les équipements ne seront pas remplacés.
Le datacentre sera laissé à l’abandon.
Les salariés devront chercher « ailleurs ».
Et surtout, les dépenses diminuent.

C’est tout le paradoxe, sur le papier, l’entreprise paraît plus rentable.

Le cash qui n’est pas investi dans l’entreprise peut alors être récupéré par les actionnaires.

Être cash-flow positif, ça ne veut pas forcément dire aller bien.
Une stratégie exclusivement financière peut fragiliser une entreprise.

Et après, c’est toute la ville qui en paie le prix.

Quand un atelier ferme.
Des emplois disparaissent.
Les revenus baissent.
C’est le repas au restaurant qu’on ne fait plus.
C’est la voiture qu’on ne répare plus chez le garagiste du coin.
C’est les fleurs qu’on n’achète plus pour quelqu’un qu’on aime.
Le centre-ville devient désert.
Les sous-traitants mettent la clef sous la porte.
Des familles quittent la ville.
Des classes ferment dans les écoles.
Des lits ferment dans les hôpitaux.
Les services publics se réduisent.

Ce ne sont plus des chiffres dans un tableau,
C’est tout un territoire qui souffre.

Alors, quand on nous présente les résultats, il faut comprendre ce qu’il y a derrière.
Et c’est justement ce que nous allons faire.
On vient de gagner le droit de réaliser l’expertise stratégique de la boîte, après un sacré bras de fer.
C’est une victoire importante.
Et pourtant, nous n’aurions jamais dû avoir besoin de nous battre pour obtenir ce droit.
La direction dira qu’on coûte cher.
Ce qui coûte cher, c’est de ne pas savoir où l’on va.
Comprendre où on va, pourquoi et comment est essentiel.

Derrière les chiffres, il y a notre travail.
Derrière les choix financiers, il y a notre avenir.

SOURCES :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/nuit-krachs-boursiers-la-crise-du-capital-presentation-1ere-diffusion-23-10-2022-7307343

https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/16/une-commission-d-enquete-parlementaire-preconise-un-encadrement-strict-des-fonds-vautours-pour-qu-ils-ne-puissent-plus-agir-en-toute-impunite-au-detriment-de-la-perennite-des-entreprises_6703501_3234.html

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/le-scandale-madoff-l-escroquerie-du-siecle-6292804

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